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Histoire et légende de Saint Jacques le Grec le dernier grand ermite du Berry

20/12/2009 - Lu 322 fois
La proximité de Noël nous amène à nous replonger dans les légendes berrichonnes.
En voici une qui raconte le parcours du dernier grand ermite du Berry.
Jacques vécu dans les années 800. Il était né dans une noble famille grecque.
Comme son rang l’y obligeait, il fit de bonnes études qui l’emmenèrent à embrasser la carrière militaire. L’empire Grec de cette époque était menacé par les Arabes puis par les Bulgares.
Jacques se fit remarquer par l’empereur Michel 1er en 812 lors d’expédition contre les incrustions musulmanes.
Lors de l’abdication de l’empereur Michel en 813, Jacques se mit au service du nouvel empereur Léon V dit l’Arménien. N’acceptant pas les réformes religieuses (2ème iconoclaste) de ce nouvel empereur qu’il jugeait hérétiques, Jacques et son frère aîné décidèrent de partir pour la France en s’arrêtant à Rome pour y rencontrer le Pape.
Leur voyage fut périlleux et son frère mourut lors d’un naufrage entre Constantinople et Jérusalem.
Recueilli par des marins chrétiens, Jacques resta parmi eux un temps, pour lutter contre les Sarrasins.
Reprenant son chemin, il atteint Rome où le pape lui donna des reliques de trois Saints « Cance », « Cantien » et « Cantianille ».
En possession de ces trois trésors, Jacques se rendit à Gênes où il décida de devenir hermite. En ce lieu, où il resta 14 ans, Dieu lui donna le pouvoir de faire des miracles et ainsi il put commander aux eaux et arrêter les crues, calmer des orages destructeurs, empêcher la pluie ou la faire venir. Il redonna même la vue à un aveugle.
Fidèle au désir de son frère qui voulait vivre en France, Jacques repris son chemin vers Lyon, puis il atteignit Clermont d’Auvergne pour enfin s’arrêter à Bourges où après qu’il se soit recueilli sur toutes les sépultures des Saints inhumés dans les église de Bourges, il fut accueilli par le monastère de la « Nef » qui deviendra plus tard, l’abbaye de Saint Sulpice.
Mais la vie au monastère ne lui convenait point car le labeur harassant que les moines de Saint Benoît pratiquaient, n’était pas compatible avec sa nature contemplative que lui avait conféré son tempérament oriental.
Alors il décida de quitter ses frères de la Nef et de redevenir ermite.
Suivi d’un frère du nom de Jean qu’il accepta comme clerc, ils partirent tous deux vers le nord.
Après de courts séjours à « Berry Bouy » puis à « Achères », leur chemin d’errance les conduisit à 12 milles romains de Bourges ( environ 18 km), où ils trouvèrent, sur les rives de « La Petite Sauldre » l’endroit idéal à l’installation de leur ermitage.
Ce lieu s’appelait « Saxiacus » en fait, c’était un ancien village ruiné par les guerres seigneuriales des féodaux des environs.
Jacques alla s’enquérir du consentement du seigneur du lieu qui se nommait « Robert » comte de Sancerre et qui avait pour épouse Dame « Agane » fille du comte Bernard de Bourges.
Après avoir été fort bien reçu et obtenu l’autorisation de s’installer à Saxiacus, Jacques et son clerc Jean y construisirent une modeste cabane.
La vie de Jacques et de son compagnon s’écoulait paisiblement ponctuée par les visites de pieux pénitents et de pauvres gens. Souvent Dame Agane et son seigneur Robert venaient écouter les récits et les sages conseils de l’ermite sur la conduite de leurs fiefs. Ces deux nobles âmes pourvoyaient quotidiennement à l’entretien des deux ermites.
Pour remercier Jacques de ses bienfaits, ses deux protecteurs l’aidèrent à construire une petite chapelle au abord de sa cabane, afin d’y placer les précieuses reliques que Jacques détenait directement du pape.
Ainsi cette gentille dame et ce beau sir, venaient prier en ce simple mais bel édifice sanctuarisé. Et ce fut en ce lieu qu’ils entendirent Jacques prédire la venue des Normands qui allaient ravager le pays de Berry et détruire l’abbaye de Saint Sulpice de Bourges (ce qui se réalisa en 867). Tout comme ils l’entendirent annoncer la mort dans les trois ans de Raoul archevêque de Bourges et primat d’Aquitaine. (Cette mort survint en 866).
Puis un jour, Jacques sentit que sa vie était à son terme, alors, il creusa lui-même une fosse au milieu de la chapelle, s’y coucha et y mourut le 19 novembre 864.
La renommée des prédictions de Jacques et la rumeur attestant de ses pouvoirs sur les éléments firent venir bon nombre de pèlerins en cette petite chapelle autour de laquelle peu à peu s’élevèrent des habitations. Le village ruiné que les deux ermites avaient trouvé à leur arrivée se redressa des éboulis et fut naturellement appelé « La Chapelle ».
Puis le temps passant, pour mieux la distinguer des autres lieux du même nom, on lui adjoint un distinctif
A partir de là, nous trouvons deux versions de la suite du récit :
La version de Louis Raynal qui nous dit qu’on ajouta au nominatif le nom du plus ancien seigneur connu du lieu « Dam-Gillon de Sully » se qui donna « La Chapelle Dam Gillon » (Cappella Domini Gillon).
L’autre version nous vient d’un biographe inconnu qui nous raconte que le clerc Jean qui avait suivit Jacques dans son ermitage se nommait Jean Gillon et que ce serait son nom qui aurait été ajouté à celui de La Chapelle.
Quoiqu’il en soit, ce fut ainsi naquit le Village de La Chapelle d’Angillon en Berry, peu importe la version que l’on choisie de retenir.

Sources :


- Arch. dép. Cher, fonds de Saint-Sulpice, 4 H 577, prieuré de La Chapelle Donations, privilèges, 4 H 584,
- Abbaye Saint-Sulpice de Bourges, prieuré de La Chapelle d'Angillon : Rentes sur l'hôtellerie Saint-Jacques, 1502-1569, 4 H 600
- « Pouillés de la province de Bourges », éd. Jacques de Font-Réaulx, Paris, 1962, 2 vol.
- Elogium historicum sancti Jacobi eremitae, éd. Labbe, Nova Bibliotheca, Bourges, 1657, t. II, p. 393
Archives de l'église de La Chapelle, « Vie du glorieux saint Jacques l'Hermite », recopiée par J.F. Cherrier, confrère en 1745, ms.

Bibliographie :

- BIBLIOTHEQUE. MUNICIPALE DE BOURGES : Bourges, ms. 696 papiers Brimont, dossier 131 Prieuré de La Chapelle d'Angillon.

- BUHOT de KERSERS.(Alphonse-Louis-Marie.). : « Histoire et statistique monumentale du département du Cher », 8 vol., Bourges, 1898, t.III, p. 1-12.

- BORGES. (abbé Frédéric.). : « Saint-Jacques de Saxeau », Bourges, 1888.

- DESHOULIERES. (F.). : « Abrégé historique de l'abbaye Saint-Sulpice de Bourges ».

- MEMOIRES DE LA SOCIETE DES ANTIQUAIRES DU CENTRE : 1906, t.XXV , p.362
- Deshoulières, (François), Les églises de France, Cher, Paris, 1932
- Wimbée, (Gaston), Histoire du Berry, Bourges, 1957.
- Vies des saints et des bienheureux, t. XI, Paris, 1954, p. 651.

- THAUMAS de la THAUMASSIERE.(Gaspard.). : « Histoire de Berry », Bourges, 1689, rééd. 1865, 3 vol., t. II, p. 293
Auteur : René Johannot infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur